ET SI L’ÂME N’ÉTAIT PAS UNE EXCLUSIVITÉ HUMAINE ?

Publié le 17 octobre 2026 à 15:33

Il y a une question que je me pose depuis longtemps. Qui a décidé que l'être humain était le seul à posséder ce que nous appelons une âme ? Sur quoi repose cette certitude ? Est-ce parce que nous sommes capables de penser, de raisonner, de nous interroger sur notre existence, que nous aurions le privilège d'en posséder une ?

Je crois que nous retrouvons ici une des plus grandes vanités humaines : cette tendance à nous placer au centre de tout, à nous considérer comme l'aboutissement de la création, comme si tout ce qui existe avait été conçu pour nous et autour de nous. Nous nous sommes approprié la Terre, les animaux, les forêts, les océans. Nous avons établi des hiérarchies entre les espèces, entre les êtres humains eux-mêmes, et nous avons fini par étendre cette prétention jusque dans notre manière de concevoir le monde spirituel.

Et si nous avions tout simplement mal compris ce que nous appelons l'âme ?

Personnellement, je ne vois aucune raison de penser que l'âme doive nécessairement avoir une forme humaine. D'ailleurs, pourquoi aurait-elle une forme tout court ? Pourquoi ne pourrait-elle pas se manifester à travers un arbre, une branche, une feuille, un moustique, un oiseau ou n'importe quelle autre expression du vivant ? Et pourquoi faudrait-il même limiter cette possibilité à ce que nous définissons comme vivant ?

 

Nous avons peut-être commis une erreur fondamentale en confondant l'âme avec notre capacité à avoir conscience de nous-mêmes. Parce que nous pouvons dire « je suis », nous imaginons parfois que nous sommes les seuls à participer à cette dimension de l'existence. Pourtant, ne pas pouvoir exprimer cette conscience comme nous le faisons ne signifie pas nécessairement qu'il n'existe aucune forme d'intériorité, ni aucune autre manière d'être au monde.

Nous avons peut-être commis une erreur fondamentale en confondant l'âme avec notre capacité à avoir conscience de nous-mêmes. Parce que nous pouvons dire « je suis », nous imaginons parfois que nous sommes les seuls à participer à cette dimension de l'existence. Pourtant, ne pas pouvoir exprimer cette conscience comme nous le faisons ne signifie pas nécessairement qu'il n'existe aucune forme d'intériorité, ni aucune autre manière d'être au monde.

J'en arrive alors à une autre réflexion. Et si l'âme venait dans la matière pour y accomplir une évolution ? Non pas uniquement dans un corps humain, mais à travers différentes formes d'existence, différentes expériences, différentes manifestations de ce que nous appelons la vie.

Mais ma réflexion va encore plus loin, car je ne considère pas la matière comme un simple support passif destiné à recevoir l'esprit. Pour moi, l'esprit et la matière suivent chacun leur propre évolution. Deux chemins distincts, indépendants, qui possèdent chacun leur raison d'être et leur finalitéJ

e vais prendre une image toute simple.

Prenez une graine de rosier. À première vue, ce n'est presque rien. Une petite graine que l'on pourrait tenir entre deux doigts. Pourtant, elle porte en elle la possibilité de devenir un rosier et de produire une rose. Elle va germer, développer des racines, une tige, des branches, des feuilles, puis un bouton. Et un jour, la rose va s'ouvrir.

À cet instant, quelque chose s'est accompli. Ce qui n'était qu'une possibilité est devenu une réalité. La rose s'est pleinement épanouie. Bien sûr, biologiquement, la vie de la plante continue, mais dans l'image que je souhaite partager, cette floraison représente l'aboutissement d'un processus, l'accomplissement de ce qui était contenu en germe dès le commencement.

Et si l'évolution de l'esprit et de la matière suivait, chacun de son côté, un principe semblable ?

Chacun évoluerait selon sa propre nature, à son rythme, à travers ses propres transformations, jusqu'à atteindre sa pleine réalisation. L'un ne serait ni supérieur ni inférieur à l'autre. Ils n'auraient pas à se dominer, ni à se soumettre mutuellement. Ils auraient simplement à accomplir ce qu'ils portent en eux.

Et lorsque l'esprit et la matière auraient tous deux atteint leur plénitude, alors seulement leur union pourrait être totale. Ils ne feraient plus qu'Un.

C'est ici que ma réflexion rejoint ce que j'appelle l'état divin.

Je ne parle pas nécessairement d'un Dieu extérieur à nous, assis quelque part dans l'univers, qui aurait décidé de notre destinée. Je parle d'un état de perfection, d'une unité absolue dans laquelle il n'existerait plus aucune opposition. Plus de séparation entre l'esprit et la matière, plus de dualité, plus de lutte pour devenir autre chose.

Car si la perfection est réellement atteinte, que resterait-il encore à perfectionner ?

Nous imaginons souvent l'évolution comme un mouvement qui devrait se poursuivre indéfiniment. Mais pourquoi ? Une évolution ne pourrait-elle pas avoir une finalité ? Tout comme la graine porte en elle la possibilité de la rose, l'esprit et la matière pourraient porter en eux la possibilité de leur accomplissement ultime.

Je sais bien que tout cela appartient au domaine de la réflexion philosophique et spirituelle. Je n'ai pas la prétention d'en faire une vérité scientifique, encore moins de demander à qui que ce soit d'y croire. Mais je pense que nous avons parfois tellement enfermé notre compréhension de l'existence dans nos propres définitions que nous ne voyons plus ce qui pourrait exister au-delà.

Et cette réflexion change profondément notre manière de regarder le monde.

Car si l'âme n'est pas une propriété exclusivement humaine, si chaque forme d'existence peut participer, à sa manière, à cette immense évolution, alors notre relation à la nature, aux animaux et à tout ce qui nous entoure mérite d'être entièrement repensée.

Nous ne serions plus les propriétaires d'un monde créé pour nous servir. Nous serions simplement des participants à une réalité beaucoup plus vaste, dont nous ne comprenons encore qu'une infime partie.

Peut-être que notre plus grande erreur a été de croire que notre capacité à réfléchir nous donnait une supériorité sur tout le reste. Alors qu'elle devrait, au contraire, nous rendre plus conscients de notre responsabilité envers ce qui existe.

Je reviens souvent à cette question : pourquoi l'être humain tient-il tellement à être exceptionnel, supérieur, choisi, différent de tout ce qui l'entoure ? Pourquoi lui est-il si difficile d'accepter qu'il puisse être une expression parmi d'autres d'une même réalité ?

Et si notre véritable évolution consistait justement à abandonner cette prétention ?

Peut-être qu'au bout du chemin, il n'y a ni victoire de l'esprit sur la matière, ni victoire de la matière sur l'esprit. Il n'y a plus rien à conquérir, plus rien à posséder, plus rien à opposer.

Il y a simplement l'Un.

Et peut-être que ce que nous appelons Dieu n'est autre que cet état d'unité parfaitement accompli.

Ce n'est qu'une réflexion, une hypothèse que je continue d'explorer. Mais elle m'amène à regarder autrement une feuille qui tombe, un oiseau qui chante, un insecte qui traverse mon chemin, et même cette matière que nous croyons inerte.

Qui sommes-nous, finalement, pour décider de ce qui peut ou non participer au mystère de l'existence ?

Giulio Fioravanti
Veilleur

 

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